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 La persistance des valeurs amérindiennes(2)

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MessageSujet: La persistance des valeurs amérindiennes(2)   Lun 23 Avr - 21:45

Pour ne pas idéaliser la société amérindienne, il convient, avant d'exposer le détail des valeurs qui découlent de la conception, chez les autochtones américains, d'une confraternité universelle, de faire ressortir une différence fondamentale entre les sociétés amérindiennes et les sociétés européennes qui s'implantèrent dans le Nouveau Monde. Le sociologue et historien Denis Delâge, dans son ouvrage Le pays renversé, fait cette distinction importante entre les deux types de civilisation:

La guerre (tel que l'a remarqué un Huron en visite en France) n'est plus uniquement à l'extérieur, elle est entre Français, l'ennemi est à l'intérieur. Alors que pour les Hurons tous les membres de la tribu font partie du nous collectif, tel n'est pas le cas pour les Français où le supplice, en incarnant l'omnipotence du roi, a pour fonction d'inculquer peur et résignation aux classes dominées. Au-delà de l'apparente similitude entre la torture des deux côtés de l'Atlantique, le choix des victimes de même que toute la symbolique du rituel renvoient à des fonctions tout à fait différente.

Cette idée rejoint la description que fait Pierre Clastres de la nature du pouvoir coercitif dans les sociétés "historiques":

[...] le pouvoir politique comme coercition ou comme violence est la marque des sociétés historiques, c'est-à-dire des sociétés qui portent en elles la cause de l'innovation, du changement, de l'historicité. Et l'on pourrait ainsi disposer les sociétés selon un nouvel axe: les sociétés à pouvoir politique non coercitif sont les sociétés sans histoire, les sociétés à pouvoir politique coercitif sont les historiques. Disposition bien différente de celle qu'impose la réflexion actuelle sur le pouvoir, qui identifie sociétés sans pouvoir et sociétés sans histoire. C'est donc de la coercition et non de la politique que l'innovation est le fondement.

La coercition et la guerre, comme le notent ces deux auteurs, sont virtuellement absentes des sociétés naturelles. Les Amérindiens, bien qu'ils ne s'infligent jamais un grand tort dans les "guerres" entre nations ou tribus distinctes, ne connaissent pas une paix constante ni universelle avec leurs frères humains. Les conflits existent et les ennemis se traitent parfois avec une cruauté extrême. Cependant, à l'intérieur d'une même nation, les sentiments d'amour du prochain, de respect et de solidarité sont à la hauteur des commandements dictés par la loi du Cercle sacré des relations. Toutes les vertus humaines rattachées au concept de parente sont illustrées de façon noble et digne d'admiration. Cette admiration est d'ailleurs un leitmotiv dans les récits de tous les observateurs européens des premiers temps du contact, d'un Christophe Colomb à un Martin Frobisher. Les mots manquent pour exprimer la bonté, la générosité, voire la charité toute chrétienne de ces peuples, capables de confondre n'importe quel Européen; bien sûr, on déplore invariablement avec compassion que Dieu ne se soit pas encore fait connaître d'eux.

Le jésuite Le Jeune, en 1648, résumait ainsi une admiration que ne pouvaient contenir de nombreux Européens des premiers temps de l'histoire du contact:

Il semble que l'innocence bannie de la plupart des Empires et des Royaumes de l'Univers, s'est retirée dans les grands bois où habitent ces peuples; leur nature a je ne sais quoi des Bontés du Paradis terrestre devant que le péché n'y entrât; leurs exercices n'ont rien du faste, ni de l'ambition, ni de l'avarice ni des plaisirs qui corrompent nos villes. Depuis que le Baptême les a faits disciples du Saint Esprit, ce Docteur se plaît avec eux, il les enseigne loin du bruit des barreaux et des Louvres, il les fait plus savants sans livres, que ne l'ont jamais été tous les Aristotes avec leurs grands volumes.

A l'intérieur de sa société qui souvent est une confédération de sociétés, l'Amérindien incarne de façon réelle toutes les vertus personnelles et sociales si généralement attribuées au "bon Sauvage". En particulier, il a un très haut respect de la personne et de toutes les formes de vie, il est tempérant, pudique, fidèle à sa parole, honnête, zélé pour le bien commun, courageux dans l'épreuve jusqu'à l'héroïsme. Il veille strictement au respect des morts et à la protection des faibles. Il est généreux envers les étrangers qu'il cherche spontanément à intégrer à sa famille étendue. Il est poli, n'interrompt pas, ne se met jamais en colère, respecte hautement la liberté individuelle. Bref, il est en tout point un être civilisé, éduqué par la nature elle-même et surtout, il démontre une aisance et une assurance infinies face aux valeurs de sa société. En somme, les attributs du "méchant Sauvage" ne sont applicables à l'Amérindien que lorsqu'il se venge d'un groupe social qui ne fait -temporairement, puisqu'une paix est toujours réalisable- pas partie de ses réseaux de communication et d'échange, c'est à dire ses ennemis, jamais nombreux. Ce que Marshall D. Sahlins rapporte de l'attitude du Bochiman s'applique intégralement à l'autochtone américain: "La pire chose est de ne pas faire de présents. Si des gens ne s'aiment pas, mais que l'un fasse un présent que l'autre doive accepter, cela crée une paix entre eux. Nous donnons ce que nous avons. C'est notre manière de vivre ensemble." Des Indiens, Wraxall rapporte encore cet aphorisme: "Le commerce et la paix sont pour nous une seule et même chose."

La société amérindienne est extrêmement serrée; chaque individu reçoit l'attention et l'affection qu'il requiert. Tous ont une place égale dans le cercle social et protègent avec une même dévotion la sécurité et la qualité sociales qu'ils en retirent. Aussi la trahison est-elle généralement, à part la sorcellerie, la seule offense passible de la peine de mort. "Dans ce pays, écrit dans les années 1740 le jésuite Charlevoix, tous les hommes se croient également hommes; et dans l'homme, ce qu'ils estiment le plus, c'est l'homme. Nulle distinction de naissance, nulle prérogative attribuée au rang, qui préjudicie au droit des particuliers; point de prééminence attachée au mérite, qui inspire l'orgueil et qui fasse trop sentir aux autres leur infériorité."

Très tôt dans l'histoire du contact des civilisations amérindienne et européenne, les autorités européennes s'alarmèrent, sans jamais pouvoir y remédier, devant l'attrait qu'exerçait le mode de vie libre et sans contrainte de l'Amérindien, sur l'esprit des Blancs. En 1685, le gouverneur de la Nouvelle-France devait, à son grand regret, écrire à Seignelay, son supérieur en France: "On a cru prendant très longtemps que de domicilier les sauvages près de nos habitations était un très grand moyen d'enseigner à ces peuples à vivre comme nous et comment s'instruire dans notre religion. Je vois, Monseigneur, que le contraire s'est produit parce ce qu'au lieu de les familiariser avec nos lois, je vous assure qu'ils nous communiquent avec force tout ce qu'il y a de pire en eux et qu'ils absorbent de même, tout ce qu'il y a en nous de mauvais et de vicieux."

A la fin du XVII° siècle, un chef micmac fait part au jésuite Le Clercq de son opinion sur les Français en ces termes: "Il n'y a pas un Indien qui ne se considère pas comme plus heureux et plus puissant que les Français." Les récits et les relations des Européens de toutes les époques depuis leur découverte du Nouveau Monde abondent en témoignages d'Amérindiens qui expriment leur foi dans leur vision culturelle, centrée sur le développement de l'humain, ainsi que leur manque presque absolu de confiance dans la morale européenne.

Le peuple inuk (esquimau) donne l'exemple d'une nation qui, pour survivre dans son Grand Nord, a donné au Cercle sacré de la vie le maximum de sa signification. DE façon caractéristique, les Inuit pratiquent les vertus sociales dans leur plus complète expression. Leur grande cordialité envers les étrangers et leurs mécanismes culturels d'intégration de ceux-ci à leur société sont le reflet d'une confiance illimitée en leurs propres valeurs. Un auteur inuk inconnu nous livre une anecdote vécue dans le Nord du Québec, qui illustre de façon intéressante l'attitude de son peuple, fier, difficilement impressionné par des considérations matérielles extérieures à sa conception philosophique. Un avion atterrit dans un village du Nord du Canada. C'était la première fois que nos gens en voyaient un. Les membres de l'équipage ou le pilote de l'avion achetèrent beaucoup de fourrures de nos gens et l'un d'eux voulut acheter l'avion puisqu'il avait beaucoup [de peaux] à vendre. Le pilote lui dit: "Même si tu l'achètes, tu ne seras pas capable de le piloter parce que tu n'en as même jamais vu un auparavant." L'Inuk lui répondit: "Si tu es capable, moi aussi." C'est, conseille l'auteur à son peuple, cette attitude que nous devons toujours avoir. Vous voulez devenir Premier ministre? Vous le pouvez. Vous voulez devenir un astronaute, un champion dans votre sport préféré? Vous le pouvez."

L'homme rouge, expliquait en 1824 le chef sénéca Red Jacket à un missionnaire, ne connaissait pas le malheur jusqu'à ce que l'homme blanc vînt; aussitôt que les hommes blancs eurent traversé les grandes eaux, ils voulurent notre pays et en échange ils nous proposaient toujours de prendre part à leurs querelles religieuses. Red Jacket ne peut être l'ami de tels hommes. S'ils [les Indiens] étaient élevés par les hommes blancs et apprenaient à travailler et à lire comme eux, cela ne ferait qu'aggraver leur situation [...] Nous sommes peu nombreux et faibles, mais nous vivrons longtemps et heureux si nous nous accrochons à notre pays et à la religion de nos pères.

A l'opposé des Européens et des habitants d'autres continents qui quittèrent et continuent de quitter en grand nombre leur pays d'origine pour venir vivre sur le sol de l'homme rouge, l'histoire ne rapporte aucun cas d'Amérindien qui aurait délaissé volontairement son continent. La conscience de l'attachement et de la relation unique des Amérindiens avec leur terre est à la source de leur remarquable confiance en leurs valeurs. La grande majorité des nations amérindiennes entretiennent la croyance ferme que le progrès, tel que l'entendent les civilisations dominantes, qui fait de l'homme un seigneur dé conscientisé de la création, aura un jour une fin que l'Amérindien aura alors la responsabilité de retransmettre aux autres peuples de la terre un mode social basé sur la compréhension du Cercle. Abraham Burnstick, homme sacré cri-assiniboine de l'Alberta, parle d'une prophétie précolombienne que lui a transmise son grand-père:

Viendra un autre peuple d'au-delà de l'eau salée, qui enlèvera leurs terres aux peuples amérindiens et qui, au moyen d'un breuvage, essaiera d'effacer leur pensée. Les ancêtres disaient que ce breuvage était du sang de serpent. Ils savaient que les Amérindiens accepteraient de cet étranger cette boisson et qu'ils mourraient en grand nombre, au point de presque s'éteindre, mais que dans un temps futur, peu après que les machines transporteraient les hommes dans le ciel, l'autochtone redonnerait à l'étranger le néfaste breuvage et recommencerait à marcher droit, à penser correctement et à jouer dans le monde, un rôle digne et très bénéfique. Nous sommes rendus à ce temps.

En 1970, les chefs spirituels hopis révèlent ainsi leur conception de leur rôle planétaire à une compagnie d'exploitation minière qui procède à la destruction d'une importante partie des terres hopies et navajos:

Nous, les authentiques et traditionnels chefs religieux reconnus comme tels par le peuple hopi, détenons une autorité totale sur toutes les terres et vies contenues dans l'hémisphère occidental. Cette charge nous fut confiée en vertu de notre connaissance du sens de la nature, de la paix et de l'harmonie, telle que notre peuple l'a reçue de Massau'u [...] Aujourd'hui, les terres sacrées où vivent les hopis sont profanées par des hommes qui cherchent du charbon et de l'eau dans notre sol, afin de créer plus d'énergie pour les villes de l'homme blanc. On ne doit pas permettre que cela continue [...] Le Grand Esprit a dit de ne pas prendre à la terre, de ne pas détruire les choses vivantes. Le Grand Esprit, Massau'u, a dit que l'homme devait vivre en harmonie et maintenir une terre bonne et saine pour tous les enfants à venir.

Lors d'une conférence de l'Organisation des Nations Unies tenue à Genève en 1977, au cours de laquelle des délégués amérindiens traditionalistes exposèrent au monde le contenu homogène et salutaire de leur philosophie et de leurs prophéties, l'homme sacré Wallace Black Elk résuma en ces termes les sentiments exprimés par ses frères amérindiens: "Mais même s'il reste une seule petite chance de ramener les êtres humains à vivre selon la voie rouge qui est la bonne, nous saisirons cette chance et nous éduquerons nos peuples et les Américains et tous les peuples du monde. C'est pour cela que nous venons en Europe, pour éduquer et rééduquer les gens pour qu'ils reviennent aux instructions originelles."

A la même conférence, les chefs spirituels de la Hodenosaunee (la maison longue iroquoise) font ainsi leur intervention au nom du monde naturel:

L'espèce humaine est aujourd'hui confrontée à la question même de sa survie. Le mode de vie connu sous le nom de civilisation occidentale s'engage sur un chemin de mort où sa propre culture n'a pas de réponses viables. Confronté à la réalité de leur propre capacité destructrice, ils ne peuvent qu'aller de l'avant vers des zones de destruction encore plus efficaces.

[...] La majeure partie du monde plonge ses racines dans le monde naturel, avec ses traditions, qui doit prévaloir si nous voulons développer des sociétés réellement libres et égalitaires.

[...] Il faut que les peuples qui vivent sur cette planète en finissent avec le concept étroit de libération de l'homme et qu'ils commencent à voir que la libération doit être étendue à l'ensemble du monde naturel. Ce qu'il faut, c'est la libération de toutes les choses qui entretiennent la vie -l'air, les eaux, les arbres- toutes les choses qui entretiennent la trame sacrée de la vie.

[...] Nous pensons que les peuples originaires de l'hémisphère ouest peuvent continuer à contribuer au potentiel de survie de l'espèce humaine.

[...] Les peuples originaires traditionalistes détiennent la clef du renversement de l'engrenage de la civilisation occidentale qui promet un avenir inouï de souffrance et de destruction. La spiritualité est la forme la plus élevée de conscience politique. Et nous, peuples originaires de l'hémisphère ouest, faisons partie dans le monde des détenteurs encore vivants de ce type de conscience. Nous sommes ici pour transmettre ce message.
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