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 Les Micmacs

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wolf-samantha
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MessageSujet: Les Micmacs    Ven 24 Sep - 18:02

Les Micmacs

Les Micmacs ou plus rarement Micmaques en français (Mi’kmaq / Mi’gmaq en micmac) sont un peuple amérindien de la côte nord-est d'Amérique, faisant partie des peuples algonquiens. On les appelait aussi « Tarrantins » au XVIIe siècle. Il y a aujourd'hui vingt-huit groupes distincts de cette ethnie au Canada, et un seul groupe ethnique, la « tribu d’Aroostock », aux États-Unis. L'habitat d'origine des Micmacs comprenait les provinces maritimes du Canada, à savoir : la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, une partie du Nouveau-Brunswick et la péninsule de Gaspésie au Québec.

Leur territoire :
Au XVIe siècle, les Micmacs occupaient l'ensemble du pays au sud et à l'est de l’embouchure du Fleuve Saint-Laurent, qui comprend les provinces maritimes du Canada et la Gaspésie. Ces terres de plaine étaient alors densément boisées, parsemées de nombreux lacs et de rivières qui se déversaient dans de profonds golfes tout le long de la côte. Les hivers y sont rigoureux et les étés courts se prêtent peu aux cultures de légumes et de céréales. Mais le réseau des rivières permettait de traverser rapidement le pays en canoë et, en rapprochant les habitants, contribua à la formation d'une identité ethnique forte, regroupant à peu près 10 000 individus.

Le peuple s'appelait lui-même « Elnou », ce qui signifie « Hommes », et devait défendre son territoire contre d'autres tribus. Ainsi les Micmacs disputèrent-ils la possession de la presqu'île de Gaspé aux Iroquois du Saint-Laurent puis par la suite aux Mohawks, tandis qu'ils devaient surveiller les marches méridionales de leur territoire, en particulier la vallée du fleuve Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, des incursions des Malécites et des Pentagouets. Les chasseurs Micmacs occupèrent occasionnellement l’Île d'Anticosti et touchèrent même les côtes du Labrador, où ils affrontèrent les Inuits. La colonisation de Terre-Neuve marqua le début de l'extinction des tribus Béothuks, dans laquelle les Micmacs jouèrent un rôle décisif[2].

Aujourd’hui, les Micmacs peuplent le territoire québécois, néo-brunswickois, néo-écossais, prince-édouardien et terre-neuvien. Au Québec, leur territoire est surtout situé dans la Gaspésie à la hauteur de la baie des Chaleurs. Il vivent dans trois communautés comme Listuguj, Gesgapegiag et celle de Gespeg.

Le pays des Micmacs était divisé en sept territoires, qui correspondaient à des zones de chasse exclusives où chaque tribu campait et chassait le printemps et l'été. Certaines tribus possédaient un insigne caractéristique : ainsi le saumon était l'emblème des Micmacs Listuguj dans la vallée de la Ristigouche et à l'entour de la Baie des Chaleurs, tandis qu'une silhouette de guerrier armé d'une lance et d'un arc était l'emblème des Micmacs Miramichi.

Les Micmacs formaient l’ethnie dominante dans les provinces maritimes du Canada, et l'on présume qu'ils ont pu s'aventurer plus au Nord avant le XVIe siècle. Le climat ne leur permettant pas d'y entreprendre des cultures, ils vivaient de chasse et de pêche, complétées par la récolte d'herbes et de racines sauvages.

Mode de vie :
L'année s'ouvrait traditionnellement sur le gel des fleuves. Les hivers, très froids, s'accompagnaient de gel et de neige, provoquant l'hibernation des ours. Les Micmacs se regroupaient alors en petits groupes de chasseurs répartis à travers le territoire, réduisant les échanges à l'intérieur de la nation au minimum. Au cœur de l'hiver, les chasseurs finissaient par se regrouper en petits villages. Au printemps on confectionnait le sirop d'érable[3] et l'été donnait l'occasion d'entreprendre d'éphémères cultures, mais l'essentiel de la subsistance en cette saison était assuré par la pêche et la récolte des fruits de mer. La chasse de l’orignal et du caribou ne reprenait qu'avec l'automne, et avec l'apparition des premières neiges, ces ruminants étaient plus faciles à traquer. Les Micmacs se servaient de leur peau pour confectionner bottes de neige, traîneaux et luges (le mot « toboggan » vient du dialecte micmac et signifie à proprement parler « luge »).

Selon le missionnaire Pierre Biard, chaque mois correspondait à la chasse d'une espèce particulière :
la chasse aux phoques avait lieu en janvier.
de février à mi-mars on chassait le castor, la loutre, l’orignal, l’ours et le caribou.
Les alevins apparaissaient vers la mi-mars.
On pouvait pêcher du hareng à partir de la fin avril ; vers la même époque, on trouvait des outardes (en particulier la bernache du Canada), l'esturgeon et le saumon ; puis dans les îles venait le temps de la récolte des œufs d'oiseaux migrateurs.
du mois de mai à la mi-septembre, la nourriture se diversifiait, avec toutes sortes de poissons et de coquillages, et surtout le retour du cabillaud le long des côtes.
Le mois de septembre voyait la ponte des anguilles.
En octobre et novembre, la chasse au castor reprenait.
En décembre ils pêchaient un poisson appelé ponamo, qui vivait sous la glace.

Chaque foyer s'étendait fréquemment au-delà de la cellule familiale : la pratique de la polygynie et le régime des fiançailles, par lequel le fiancé se mettait pour deux ou trois années au service de son futur beau-père, contribuaient à cette situation. Les récits qui nous ont été transmis évoquent des groupes de chasseurs de deux à trois hommes, car certaines techniques de chasse et de pêche requéraient un travail d’équipe. On demandait parfois aux femmes de transporter le gibier au camp après qu'il eut été chargé sur un gros traîneau. Elles pouvaient également aider au pagayage des canoës pour la pêche. Un ou deux auxiliaires munis de bottes de fourrures et de lances ou javelots à pointes de silex étaient parfois nécessaires pour débusquer un gros animal. Cela valait aussi bien pour le harponnage des caribous que pour débusquer des castors de leur propre terrier.

Les Micmacs étaient de grands constructeurs de canoës. Leurs embarcations, longues de 2,50 m à 3 m, étaient faites d'écorce de bouleau, et étaient suffisamment larges pour pouvoir embarquer tout un foyer de cinq à six individus, avec les chiens, les sacs, les fourrures, un chaudron et d'autres ustensiles parfois encombrants. Les Micmacs s'aventuraient parfois même en mer avec un canoë qu'ils munissaient d'une voile.

Comme la plupart des autres nations amérindiennes des forêts du nord-est, la culture des Micmacs s'est plus ou moins adaptée après l'arrivée des Européens, tant par l'influence des missionnaires, que par le développement du commerce des peaux ou les tensions nées du conflit franco-britannique.

Alimentation :
Outre le poisson et la viande, les Micmacs se nourrissaient de toutes sortes de fruits secs, de légumes et de baies sauvages qu'ils pilaient puis faisaient sécher pour en faire des galettes rondes. Il reste que l'essentiel de leur alimentation reposait sur la chair animale, consommée crue ou fumée. Le gras était soigneusement récupéré en le faisant fondre ou en le séparant à l'aide d'une pierre suffisamment chauffée, puis on le transvasait dans une enveloppe faite d'écorce de bouleau ou on le mélangeait de bile animale pour sa conservation. Le poisson et les anguilles étaient rôties à la broche. Le poisson était servi en plat ou en tourte dans de grands bacs de bois qu'on découpait dans le tronc d'arbres morts.

Le pain était inconnu des Micmacs. Lorsque les colons français leur en montrèrent la préparation, ils adoptèrent la pratique de le cuire dans le sable sous le foyer. Ils échangeaient volontiers leurs fourrures contre des ustensiles en métal, des pois secs, des fèves et des prunes.

Armes, outils et techniques de chasse :
Pour la chasse, les Micmacs se servaient de javelots, de lances et d’arcs, mais aussi de pièges et de frondes. Ils se servaient de chiens pour pister le gibier. Le camouflage permettait de s’approcher des orignaux, qu’on attirait en période de rut en imitant le brâme des femelles.

Les Micmacs chassaient le saumon à l'aide de harpons munis de pointes recourbées. Les autres espèces, comme la morue, la truite et l’éperlan étaient harponnées ou attrapées au filet. Une autre technique consistait à retenir les poissons par des barrages, qui piégeaient les prises à la base des digues.

Avant le contact avec les Européens, les matières premières pour la fabrication des outils étaient le bois, la pierre, les os, coques et ligaments d’animaux ou de coquillages, matériaux qui disparurent bientôt au profit des métaux, tout comme les javelots et les arcs furent remplacés par des mousquets. Les pots et vases que les femmes micmaques fabriquaient avec de l’écorce de bouleau et du bois étaient décorés avec beaucoup de soin et ornés d’épines de porc-épic. Ces femmes étaient aussi très habiles pour tresser des corbeilles avec des branches d’épinette.

Habitat :
Le wigwam conique des Micmacs était constitué d'un treillis de bois couvert d'écorces de bouleau, de peaux, de draps cousus et de branches de sapins. Il pouvait abriter 10 à 12 personnes et était utilisé surtout l'hiver. L'été, on montait un wigwam plus vaste, fait pour recevoir de 20 à 24 individus. Le centre était toujours destiné au foyer , surplombé d'une ouverture pour l'évacuation des fumées et le tirage, et à l'extérieur on suspendait outils et ustensiles. Le sol était couvert de feuillages, sur lesquels on étalait des peaux d'animaux pour dormir. Les campements d'hiver comprenaient un ou plusieurs wigwams implantés sur le domaine de chasse de la tribu, le plus souvent près d'un point d'eau utilisable. En cas d'extrême nécessité, un simple canoë retourné procurait un abri suffisant aux chasseurs pour allumer un feu. Les missionnaires français engagèrent les Micmacs à édifier des chapelles, des églises et des maisons où ils pourraient vivre en permanence ; cependant, beaucoup d'entre eux devaient conserver leur mode de vie nomade jusqu'au XIXe siècle.

Habillement et parure :
Hommes et femmes se couvraient d'habits à franges en peau de caribou. Les hommes portaient un pagne de cuir sous leurs braies, tandis que les femmes maintenaient leur tunique par une double ceinture. Braies et mocassins étaient confectionnés à partir de peau d'orignal ou de caribou et comportaient des lacets de cuir ou de fil. Les cheveux se portaient longs chez les deux sexes. On trouvait deux types de bottes pour marcher dans la neige : les plus grandes étaient utilisées pour la neige poudreuse, les plus petites pour la neige compacte et durcie. Lors des premiers contacts avec les Européens, les individus des deux sexes allaient nue-tête, mais bientôt ils adoptèrent le bonnet, fait de fourrure ou d'écorce, qui permettait d'établir une distinction selon le sexe et le rang social. Le chapeau bleu foncé haut et pointu des femmes, couvert de perles et orné de tissus, n'apparut que plus tard encore.

Organisation socio–politique :
Au plan politique, les Micmacs formaient une confédération lâche de tribus isolées, ligue de clans à filiation patrilinéaire et de chefferies locales. Le plus souvent, les membres d'une tribu se partageaient le territoire et ne se retrouvaient que lors des rassemblements estivaux ou pour partir sur le sentier de la guerre.

Jusqu'à ce qu'il soit marié, aucun homme ne pouvait avoir de chien et il devait abandonner entièrement le produit de sa chasse au sachem ou au chef de famille. Lorsqu'ils quittaient leur tribu pour une durée tant soit peu importante, ils ne pouvaient la rejoindre qu'avec des présents. Un individu, voire une famille, pouvait fort bien (quoiqu'avec une certaine mauvaise conscience) rejoindre une autre tribu.

Les sachems devaient éprouver leur autorité par des performances particulières. À la fin du XVIIe siècle, les colons Français ont observé que les chefs assignaient aux familles leur territoire de chasse respectif, et déterminaient leur part dans le revenu tiré des peaux et fourrures. Plusieurs sachems surent tirer parti de leur connaissance du français pour intercéder auprès des colons et en tirer certains avantages.



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MessageSujet: Re: Les Micmacs    Ven 24 Sep - 18:08

Les Micmacs

Valeurs morales :
1.La vie (visible et invisible) est partout présente, sous terre comme sous les océans. Les différentes formes de vie peuvent se transmuer les unes en les autres. Certains animaux, certains individus ne sont pas ce qu'ils paraissent être.
2.Les Anciens étaient de grands chasseurs : forts, dignes et robustes. Ils étaient justes, généreux et courageux. Leur comportement doit servir de modèle pour leurs descendants.
3.Les Amérindiens ont des pouvoirs qui les distinguent des étrangers. Ils peuvent invoquer des êtres surnaturels qui leur dispensent présages et bienfaits. Certains possèdent même le don de keskamizit, ou providence des Amérindiens, qui permet d'accomplir, de découvrir ou de fabriquer des objets très vite et avec pleine assurance de réussite.
4.Les êtres humains sont tous égaux, ou du moins devraient l'être. Personne ne devrait s'élever au-dessus d'autrui, même si des chefs se distinguent par leurs capacités singulières, leur grandeur d'âme, leur courage, leur naturel ou leurs accomplissements.
5.Le sens de la mesure est préférable à la perfection. L'excès d'une chose peut s'avérer nuisible ; mais chacun devrait s'affranchir des limites lorsque l'occasion s'en présente et chercher à se dépasser.
Si ces préceptes ne sont certainement pas l'apanage de la culture des Micmacs, ils jouent chez ce peuple un rôle important dans l'attitude vis-à-vis des événements.

Histoire :
Les Micmacs furent vraisemblablement, avec les Béothuks, les premiers indigènes d'Amérique du Nord à entrer en contact avec des Européens. La première description de ce peuple est due à Jean Cabot , qui ramena en 1497 trois micmacs en Angleterre. À compter de 1501, les Micmacs entretinrent des contacts réguliers non seulement avec les Anglais, mais aussi avec les pêcheurs espagnols, français et irlandais qui venaient toucher les côtes de Nouvelle-Écosse chaque été. Le commerce des fourrures commença en 1519 : les Micmacs manifestaient un grand attrait pour plusieurs biens manufacturés des nouveaux venus, notamment les ustensiles en métal comme les couteaux, les haches et les chaudrons.

Lorsque l’explorateur Jacques Cartier mit au mouillage en 1534 dans la baie des Chaleurs, son navire se trouva promptement encerclé d'une multitude de canoés micmacs dont les occupants brandissaient des peaux de castor. Vers 1578 on comptait chaque été près de 400 bateaux de pêche le long de la côte orientale du Canada. Bien qu'il n'y eût à ce moment toujours pas de comptoir permanent, en 1564, 1570 puis 1586 les Micmacs furent contaminés par des maladies contre lesquelles ils n'étaient pas immunisés. Les premières tentatives de colonisation européennes se soldèrent par des échecs à cause du froid glacial et des disettes. Mais entretemps l'arrivée des fourrures vendues par les Micmacs lançait une nouvelle mode en France. Ceux qui étaient suffisamment fortunés pouvaient se procurer un bonnet en fourrure de castor : la mode gagna bientôt toute l’Europe, provoquant une hausse du prix des peaux de castor et procurant aux armateurs français une nouvelle source de profit. La défaite de l’Invincible Armada en 1588 joua un rôle considérable dans l’accélération de la colonisation, car en faisant sauter le verrou institué par l'Espagne à travers l'océan Atlantique, elle ouvrait la voie aux autres nations européennes pour l'expansion de leurs colonies au Nouveau Monde

En 1604 Samuel de Champlain parvint finalement à établir à l'embouchure du Fleuve Sainte-Croix la première colonie française. Les missionnaires et autres représentants religieux réussirent même à baptiser le chef Henri Membertou et les membres de sa famille. Ainsi naissait la Nouvelle-France, qui devait perdurer de 1600 au Traité de Paris (1763). La culture des Micmacs fut profondément influencée au cours de cette période française, marquée surtout par l'importance croissante du commerce des fourrures et une implication militaire presque totale aux côtés des Français contre les Britanniques.

En 1607 une guerre tribale éclata entre les Pentagouets, menés par leur sachem Bessabez, et les Micmacs. Cela faisait déjà longtemps qu'une rivalité opposait ces deux peuples pour la primauté du commerce des fourrures avec les Français à Port Royal. Le conflit armé qualifié par les auteurs anglais de Guerre des Tarrantins dura huit ans et s'acheva en 1615 par la mort du chef Bessabez[5] ; mais au cours des années qui suivirent, les Micmacs furent décimés par une épidémie faisant passer leur population d'un effectif estimé en 1620 à 10 000 individus à environ 4 000 survivants. Au cours des 150 années suivantes, les Micmacs prirent part à une série de guerres entre la France et l'Angleterre, au cours desquelles ils prirent systématiquement le parti de la France.

Une première guerre anglo-micmaque eut lieu de 1749 à 1753. La « Lettre sur les missions micmaques » de l’abbé Pierre Maillard permet de supposer qu'Etienne Bâtard y participa, en septembre 1750, quand les Français tentent d’empêcher l’érection du fort Lawrence, près d’Amherst et du site de Beaubassin, tout en construisant le fort Beauséjour. Les Micmacs se réunirent autour de Beauséjour et effectuent des coups de main contre les Anglais.

À la défaite des Français dans la Guerre de la Conquête (1756-1763), les Micmacs connurent une paix éphémère, car bientôt la pression des colons britanniques les contraignit à reprendre les armes ; et en effet, toutes les tribus micmaques n'avaient pas fait la paix avec les Britanniques en 1761, et les affrontements se poursuivirent jusqu’en 1779. Au cours de la Guerre d'Indépendance, les Micmacs prirent parti pour les insurgents dans l'espoir que leurs alliés français pourraient ainsi reprendre pied au Canada. Mais vers la fin de la guerre, les loyalistes britanniques, dont la vie en Nouvelle-Angleterre devenait intenable, obtinrent de la Couronne d'Angleterre des terres dans les Provinces maritimes et en 1783, 14 000 loyalistes britanniques quittèrent les jeunes États-Unis pour s'établir dans ce qui devint le Nouveau-Brunswick.

Les gouverneurs britanniques instituèrent des réserves indiennes. Les chefs furent désormais élus à vie, mais leur élection était influencée par les prêtres et devait être approuvée par des officiels blancs. Les terres, qu'on avait réservées pour l'usage et le bien-être d'un groupe d'Indiens, furent souvent amputées par la suite au bénéfice des colons blancs qui cherchaient à accaparer les sources et à s'assurer le monopole de l'eau. Il reste beaucoup de recherches à mener sur cette période dans les archives coloniales et provinciales. Les menées des colons n'avaient qu'un seul but, contrôler le commerce des peaux, dont les Français avaient détenu si longtemps le monopole.

À mesure que le territoire des Amérindiens se rétrécissait et que les animaux à fourrure se faisaient plus rares, les Micmacs devinrent semi-sédentaires : les femmes et les enfants ne quittaient plus guère leur camp, et les hommes, quand ils ne travaillaient pas « à l'extérieur » de manière saisonnière, demeuraient dans la réserve où ils pouvaient trouver l’aide des autorités coloniales et se tournaient vers l'artisanat du bois et la vannerie traditionnelle. Quelques hommes se faisaient trappeurs, mais la plupart pratiquaient le travail du bois, devenaient guide chasse ou pratiquaient la pêche, où au moins ils pouvaient mettre en valeur leur adresse et leur expérience traditionnelle.

Vers le milieu du XIXe siècle, l'activité des Provinces maritimes du Canada se tourna essentiellement vers la construction navale (voiliers et clippers), les grands travaux routiers et l'industrie du bois. Les Micmacs pouvaient y trouver du travail, mais ils étaient le plus souvent confinés aux tâches les plus pénibles de terrassement et de découpe du bois. On les employait comme exécutants dans des emplois saisonniers ou occasionnels qu'aucun blanc n'aurait accepté vu les salaires, si bien qu'ils s'abaissèrent bientôt à la condition de prolétariat rural. Depuis des générations les Micmacs chassaient le dauphin du détroit de Canso à la baie de Fundy. Mais lorsque le pétrole remplaça l'huile de cétacé dans la production industrielle, cette activité traditionnelle prit fin elle aussi. Ils s'improvisèrent marchands ambulants de pommes de terre entre Maine et Nouveau-Brunswick. Quelques-uns travaillaient même jusqu'en Nouvelle-Angleterre dans des camps de bûcheron, dans la construction ou l'industrie, mais la plupart retombaient vite dans le chômage et ne trouvaient de salut qu'en retournant dans leur réserve.

Au début du XXe siècle, la plupart des Micmacs étaient éparpillés à travers soixante réserves, certaines concentrant à elles seules plusieurs centaines d'individus tandis que d'autres ne comptaient guère plus d'une douzaine d'habitants. La plus importante était la réserve de Restigouche, avec 506 Indiens selon le recensement de 1910. Les Frères mineurs capucins y avaient établi un monastère où vécut et œuvra le Père Pacifique. Le séminaire des Sœurs du Saint-Rosaire enseignait la langue micmaque.

Vers 1920, plusieurs évolutions politiques, économiques et éducatives se firent jour dans les réserves ; les autorités améliorèrent graduellement en outre les conditions sanitaires, amenant une croissance rapide de la population micmaque qui en 1970 avait pratiquement doublé. De la fin de la Première Guerre mondiale jusqu'en 1942 l'Agent indien de la réserve du Fleuve Ristigouche était un médecin. Mais l'influence des chefs et conseillers élus pour deux ( resp. trois) ans selon les dispositions de l’Indian Reorganization Act était marginale, laissant en réalité l'administration des réserves aux mains des « agents indiens » et du Bureau des affaires indiennes (BAI).

Si les écoles que l'on venait d'ouvrir dans les réserves ne connurent qu'une fréquentation irrégulière, elles permirent peu à peu d'inculquer aux enfants les rudiments de la lecture et du calcul.

Plusieurs micmacs furent incorporés dans l'armée canadienne au cours de la Première Guerre mondiale et par là purent entrer en contact avec des amérindiens d'autres provinces du Canada. Au Canada même, l'économie de guerre était une grande pourvoyeuse d'emplois tout en favorisant la pratique du sport chez les jeunes hommes : c'est à cette époque que hockey sur glace et baseball devinrent les sports nationaux de ce peuple. Mais la Grande Dépression dans les années 1930 mit un terme aux espoirs d'émancipation économique, avec un chômage de masse qui frappa particulièrement les Micmacs. Les aides publiques étaient indispensables pour empêcher la disette.

La Seconde Guerre mondiale restaura un bien-être éphémère et l'on offrit aux anciens combattants micmacs des aides pour reconstruire ou rénover leurs maisons. Puis avec l'électrification la radio et la télévision gagnèrent les réserves indiennes. On mit sur pied des programmes d'investissement public pour moderniser et améliorer l'aspect des réserves. De nouvelles écoles et des transports publics permettaient aux jeunes Micmacs de se préparer à la vie active ou à des études supérieures. Malgré le poids du chômage chez les Amérindiens, la population des Micmacs a continué de s'accroître et du fait de la discrimination, ce n'est que par des programmes gouvernementaux qu'il a été possible de procurer du travail aux populations indigènes. Il n'est donc pas surprenant que le taux de criminalité et le taux d'alcoolisme soient aussi élevés dans cette population.

À la fin des années 1940 un programme de centralisation obligea les Micmacs à abandonner les réserves les plus petites pour se regrouper dans la grande réserve de Shubenacadie (au centre de la province de Nouvelle-Écosse) et d’Eskasoni sur l’Île du Cap-Breton. On leur proposait en contrepartie de nouvelles maisons et de meilleures perspectives d'éducation et de salaire : mais il apparut bientôt que ces régions n'offraient pas suffisamment de travail. En 1951 une loi indienne plus favorable fut votée, qui permettait d'élargir les conseils élus et étendait leurs prérogatives. C'était une composante d'une politique plus générale visant à préparer l'autonomie des réserves.

Dans les années 1960, ces efforts débouchèrent finalement sur une réinsertion effective des Micmacs grâce à des réformes éducatives. Plusieurs ressortissants micmacs trouvèrent un travail bien rémunéré et pour lequel on recherchait leurs compétences. Ils prirent part à la construction de gratte-ciels, comme l'avaient fait les Mohawks dans les années 1930 : ainsi vers 1970, au moins un tiers des ouvriers de Restigouche avaient participé à la construction de gratte-ciels à Boston. Ce travail dangereux, accompli à grande hauteur, était fort apprécié parce qu'il rejoignait leur idée d'accomplissement personnel tout en étant bien payé. Les femmes trouvèrent elles aussi de nouveaux débouchés. Grâce à la formation professionnelle subventionnée par le gouvernement, elles purent obtenir les qualifications d’infirmière, d’institutrice, de secrétaires ou d’assistante sociale.

S'il est vrai qu'aucune réserve micmaque ne se distingue pour l'instant (en 2009) par une prospérité particulière, du moins n'y a-t-il plus de différence de niveau de vie avec les agglomérations canadiennes voisines. Les maisons des Micmacs sont toutes semblables, les jardins peu soignés. On a conservé ici et là quelques vieilles huttes, et avec l'exode rural vers les grandes villes canadiennes, plusieurs maisons sont désormais sans occupants. Toutes les grandes réserves sont alimentées en électricité, bien que quelques foyers continuent à privilégier l'usage de la lampe à pétrole traditionnelle. Il y a pourtant encore peu de bonnes routes, car le gouvernement provincial ne veut pas avoir à en assurer l'entretien et la bureaucratie fédérale ne réagit aux réclamations qu'avec beaucoup d'inertie.

La réserve micmaque type est bâtie autour d'une grand-rue, avec une église, une école, une salle polyvalente, les bureaux de l'agence aux affaires indiennes ou celui du gouvernement élu, une salle des anciens, un marché ; elle possède l'eau courante et un réseau de canaux. On constate dans les réserves une grande hétérogénéité dans les parlers, la culture et la pratique religieuse. Jusqu'au XXe siècle, la langue micmaque formait un lien communautaire solide, mais le nombre de locuteurs exclusifs de cette langue est aujourd'hui très faible tandis que le nombre de ceux qui ne la connaissent pas du tout croît régulièrement. La nation micmaque compte toujours une population de 20 000 habitants, dont approximativement le tiers a conservé l'usage de la langue micmaque. Celui-ci représente davantage la portion de la population vieillissante. Outre cela, les individus ayant le statut d'indien micmac parlent plus spécifiquement l'anglais. Dans certaines réserves, tous les jeunes de moins de vingt ans apprennent l'anglais comme première langue. Si à Restigouche le parler algonquien reste majoritairement la langue maternelle des jeunes, les émissions télévisées et les cours scolaires en anglais limiteront à terme la transmission du micmac aux nouvelles générations.

Avec la construction dans les années 1960 de nouvelles écoles dans les réserves par le gouvernement canadien, on pouvait voir dans l'école de Restigouche, tenue par des religieuses catholiques et des instituteurs laïcs, des classes ouvertes aussi aux enfants blancs des municipalités voisines, qui ne parlaient que le français. La plupart des Micmacs sont toujours catholiques et les grandes fêtes religieuses continuent de faire l'objet de processions très attendues, comme la Sainte Anne le 26 juillet. Pourtant la sécularisation et le tourisme affectent même ces festivités micmaques, et plusieurs jeunes prennent aujourd'hui leurs distances avec la religion.

En Nouvelle-Écosse, octobre est appelé le « mois de l'histoire micmaque » ; les Micmacs célèbrent chaque année la Fête du traité le 1er octobre.



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MessageSujet: Re: Les Micmacs    Mar 28 Sep - 14:40

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MessageSujet: Re: Les Micmacs    Mar 28 Sep - 19:50

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